Je la saisis... sans retenue
Il y aura la page blanche, il y aura le bloc-notes ouvert,
pinceau à la main, BD en tête, il y aura l’attente du moment où l’on pourra
capter l’idée qui fera mouche, il y aura l’éternel jeu du chat et de la souris,
il y aura la volonté d’être ce que l’on est, de répondre aux attentes et aux
besoins de ceux que l’on aime.
Il
y aura la bonne humeur et celle du chien trempé, il y aura le premier pas hors
de la maison en été, il y aura le retour du soir, celui où je poserai mes
chausses pour m’enliser de plaisir dans ma chaise longue.
Il
y aura le regard de l’autre, la grande, la petite, il y aura la joie d’un
frottement poilu le long de ma jambe et celui d’un roulement guttural
rassurant. Il y aura aussi un moment, un instant de calme suivi d’une tempête
physique et morale, il y aura de la joie, de la peine, du bonheur, de la haine,
du malheur.
Il
y aura la vie de celle que l’on aime ou de celui que l’on déteste mais qui
malgré tout nous amène à penser, à comprendre, à aimer.
Il
y aura les épreuves, les drames, les adieux, les abandons, ceux que l’on verra
venir et ceux qui nous attraperont d’un coup de lame bien placé pour nous
laisser là, seul, abandonné de tous.
Il y aura la peur du printemps désormais encrée au fond de moi...
Il
y aura l’amitié, il y aura la famille, il y aura la pluie, le soleil, le vent,
toute une myriade de secondes planétaires satellisées au milieu d’une masse
d’hommes et de femmes qui ne se rencontreront jamais.
Il
y aura des monstres qui tuent, torturent, imposent, asservissent et insultent
le reste des vivants. Il y aura tout cela et bien d’autres choses encore.
Il
y aura l’eau, la terre, le raisin et le vin qui d’un simple souffle ponctueront
tout cela pour raisonner d’années en années comme le millésime d’un tout. Et en
son sein il y aura l’envie d’exister et de recommencer, d’attendre le prochain
lever de soleil et de partir, fleur en bouche à travers le vignoble pour
façonner la vie qu’on s’est choisie.
Il
y aura des regards, il y aura des caresses, il y aura des envies, des besoins et des craintes, des
passions dévorantes et la frustration parfois de ne pas réussir à les vivre. Il
y aura un lieu, un endroit, une brume passagère qui m’enveloppera.
Il
y aura des journées percutantes, des ententes fugaces et des harmonies
flamboyantes qu’on ne retrouvera peut-être pas parce qu’elles se sont faites
là, à cet instant, au bon moment.
Il
y aura des journées qui raccourciront et des matins qui tarderont, il y aura toi
qui es là autour de moi couvrant mes pas au travers d’une année écoulée.
Il
y aura, il y aura, il y aura… Il y aura tant de choses qui feront que cette
année sera celle-là au milieu des autres que je ne saurai entendre dans ce
brouhaha qu’elles réveillent dans ma tête lorsque je pense à elles.
Il
y aura eu, il n’y aura pas eu, il y aurait pu y avoir, mais c’est comme ça que
devront être les choses. Une part d’acceptation, une part de fatalisme,
une autre de colère pour l’injustice à venir, mais malgré tout, je serai tout
cela. Tout cela m’accompagnera, tout cela endurcira ma carapace et adoucira ma
pensée affirmant peut-être un peu plus mon caractère, malaxant mes avis
sur les autres et leurs opinions sur moi. La toile s’agrandira, la fractale se
façonnera englobant toujours un peu plus de souvenirs et d’idées.
Peut-être
n’y aura-t-il pas autant de choses que pour ce globe-trotter vagabond mais
ce seront les miennes, celles que j’aurai traversées et auxquelles je
repenserai en ouvrant une bouteille de cette année-là. Comment on les a faites,
comment on les a travaillées et comment on les a espérées durant ces longues
journées d’été importera peu finalement par rapport aux souvenirs qu’elles
rouvriront en moi.
Bonheurs,
plaisirs, douleurs, passions, il y aura tout cela, à chaque ouverture, et à
chaque débouchage je serai là, devant chez moi, soleil en main à entendre
au fond du bois, le premier chant du coucou qui me dira viens, lance
toi, la vie est avec toi.



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