Avant de n'être plus qu'à toi...


Des moments de toi s’envolent aux quatre vents, ils s’échappent, tout simplement et se dissolvent dans les rivières du temps pour ne laisser dans ta tête que des étincelles fugaces d’instants de vie que tu as croisés. As-tu bien vécu cela ? As-tu bien été acteur de cet instant ? Comme si un double attaché à ta peau avait vécu à tes dépends pendant que toi bien caché au fond de ton crâne tu t’étais reposé. Mis en réserve, en hibernation comme le ferait un plantigrade repu de trop de stimulations.
Ton cerveau sélectionne, il soupèse l’affaire, décortique l’action enregistrant momentanément l’air, ses odeurs et sa tension pour décider si oui ou non celui-ci restera imprimé à l’encre dorée de tes neurones vieillissant. Toujours surpris d’avoir une photo qui s’allume dans l’arrière du crâne pour te faire te rappeler de quoi ? juste deux ou trois images d’une journée vécue dix ans auparavant…
Combien de journées oubliées, combien de moments inutiles qui finalement n’auront servi qu’à faire tourner ce corps, cette tête et assurer la mémorisation de l’instant capital de l’année empruntée durant l’été ? La mémoire, notre mémoire, ce savant mélange de puissance et de savoir, d’harmonie et sagesse qui à elle seule est capable de nous ramener en un instant dans un espace-temps lilliputien. Des fractions de secondes dans une vie, des fourmis chevaleresques avançant malgré tout en sachant pertinemment que leur nombre ne sert à rien et que c’est forcément leurs qualités propres qui les sauvera, ou pas, de l’oubli.
Voir la mémoire d’un autre s’effriter, voir sa parole s’enfuir et se demander si la lueur du regard suffira bientôt à faire comprendre que peu importe si l’on oubliera aussi cela et qu’alors seul devra être le moment, cet instant de vie et de bien-être, celui d’être ensemble et de partager.
Une lutte, un combat mené toute notre vie contre l’oubli, celui du quotidien des vacances, du travail, de la vie qui se transforme en une disparition totale et définitif du génie et de la beauté intellectuelle noyant les cales d’un navire brillant et irréductible.
Un échec ? Une défaite ? Un cheminement nous faisant retourner dans un néant de solitude et d’isolement pour rester de nouveau seul autour d’anonymes et de fantômes ?
Restent les instants…
Restent les bonheurs…
Restent les plaisirs…
Restent les enfants…
Alors s’ouvre ce nouvel océan, cette rivière que tu m’as fait découvrir à l’aube de ma naissance et dont il faudra que je t’aide à apprivoiser les derniers méandres, jusqu’au moment, jusqu’à l’instant, où par tes mains tu décideras de n’être plus qu’à toi et seulement à toi.

Je t’aime.

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